Taxonomie des verdicts
Neuf catégories pour refléter la réalité des affirmations
Les évaluations binaires vrai/faux ne décrivent pas adéquatement la plupart des affirmations du monde réel. Une affirmation peut contenir des faits véridiques agencés de manière à créer une fausse impression. Une affirmation peut être exacte, mais omettre un contexte qui en inverse le sens. Une affirmation peut être véritablement impossible à trancher avec les preuves disponibles. Veridi utilise neuf catégories de verdicts pour saisir ces distinctions.
VRAI
L’affirmation est exacte. Soutenue par des sources de Niveau 1 ou de Niveau 2, sans réserve significative.
Exemple : « Plus de 97 % des climatologues publiant activement s’accordent sur le fait que les activités humaines causent le réchauffement climatique. » — Confirmé par plusieurs méta-analyses indépendantes (Cook et al. 2013, Lynas et al. 2021) et la page de consensus scientifique de la NASA.
MAJORITAIREMENT VRAI
L’affirmation est substantiellement exacte, avec des imprécisions mineures qui ne changent pas la conclusion raisonnable.
Exemple : « La tour Eiffel mesure environ 1 000 pieds de haut. » — La hauteur réelle est de 984 pieds jusqu’au toit ou 1 083 pieds jusqu’au sommet de l’antenne. « Environ 1 000 pieds » est approximativement correct. Le qualificatif « environ » signale l’approximation. L’imprécision est réelle, mais ne change pas le sens essentiel de l’affirmation.
MIXTE
L’affirmation contient des sous-affirmations vérifiables indépendamment, certaines vraies et d’autres fausses, où les éléments vrais et faux portent sur des aspects véritablement différents du sujet. Aucun des deux ne domine.
Exemple : Une affirmation sur l’économie d’un pays qui cite correctement les chiffres de croissance du PIB mais indique incorrectement les statistiques de chômage, les deux chiffres étant significatifs indépendamment.
MAJORITAIREMENT FAUX
L’affirmation contient un élément vrai, mais l’assertion principale est fausse. L’élément vrai ne sauve pas l’essentiel du propos.
Exemple : « L’administration Biden a laissé entrer 8 millions de migrants aux États-Unis. » — Le CBP a enregistré environ 8,1 millions d’événements de rencontre, mais les rencontres ne correspondent pas à des individus (les passages répétés sont comptés séparément), et plus de 3,6 millions ont abouti à des expulsions ou des renvois. Le chiffre est réel ; la caractérisation de « laissé entrer » est fausse pour la majorité.
FAUX
L’affirmation est inexacte. Aucune sous-composante véridique significative.
Exemple : « L’exposition aux tours de téléphonie cellulaire 5G cause ou propage la COVID-19. » — Aucun mécanisme n’existe par lequel des ondes radio pourraient transmettre un virus. Contredit par l’OMS, le CDC et les lois fondamentales de la physique.
TROMPEUR
Les faits individuels dans l’affirmation peuvent être exacts, mais ils sont assemblés pour créer une fausse impression d’ensemble, et cette fausse impression semble être l’objectif du cadrage.
C’est la distinction la plus importante de la taxonomie : TROMPEUR n’est pas la même chose que MANQUE DE CONTEXTE. La différence réside dans l’intention et la construction. TROMPEUR indique un cadrage délibéré : indicateurs choisis sélectivement, contexte militant, procédés rhétoriques conçus pour mener à une conclusion prédéterminée. MANQUE DE CONTEXTE indique une omission passive.
Exemple : Un politicien cite des données exactes du recensement sur l’évolution de la part démographique, mais omet le fait que les taux de croissance convergent, utilise ces données dans un discours sur l’« infiltration » et attribue le changement à une cause pour laquelle aucune donnée gouvernementale n’existe.
MANQUE DE CONTEXTE
Des informations importantes sont absentes qui changeraient l’interprétation raisonnable, mais l’omission semble fortuite plutôt que délibérée. L’affirmation n’est pas fausse — elle est incomplète d’une manière qui crée une fausse impression que l’auteur n’a pas nécessairement voulue.
Exemple : « Les profits de l’entreprise X ont doublé l’an dernier. » — Vrai : les profits sont passés de 1 M$ à 2 M$. Mais l’entreprise gagnait auparavant 50 M$ et a subi des pertes massives. Le « doublement » représente un déclin de 96 % par rapport au niveau de référence sain. Le rapport factuel brut est exact, mais incomplet.
DÉPASSÉ
L’affirmation était exacte au moment de sa publication initiale, mais a été rendue caduque par de nouvelles données, des changements de politique ou des événements subséquents.
INVÉRIFIABLE
L’affirmation ne peut être confirmée ni infirmée avec les preuves disponibles. Cela peut être dû au fait que l’affirmation est structurée pour résister à la vérification (sources anonymes discutant de matériel classifié dans des cadres privés), que les preuves sont véritablement ambiguës, ou que les données pertinentes n’existent pas.
Exemple : Les affirmations définitives sur les origines de la COVID-19 — la communauté du renseignement demeure divisée, et des preuves essentielles pourraient ne plus être accessibles.
Les frontières délicates
Deux frontières entre verdicts suscitent le plus de désaccords parmi les vérificateurs des faits. Veridi utilise des arbres de décision explicites pour les résoudre :
TROMPEUR vs MANQUE DE CONTEXTE : La fausse impression semble-t-elle être l’objectif du cadrage ? Indicateurs : indicateurs choisis sélectivement, contexte militant, procédés rhétoriques, attribution causale non étayée. Si oui → TROMPEUR. Si l’omission semble fortuite (reportage courant, aucun cadrage rhétorique) → MANQUE DE CONTEXTE.
MIXTE vs MAJORITAIREMENT FAUX : Les éléments vrais constituent-ils des sous-affirmations indépendantes et significatives, ou sont-ils des conditions préalables ou des faits de contexte qui soutiennent l’assertion fausse centrale ? Si l’élément vrai est un point véritablement distinct → MIXTE. Si l’élément vrai sert d’amorce ou d’ancrage pour l’affirmation fausse principale → MAJORITAIREMENT FAUX.
Ces arbres de décision ont été testés contre 18 cas limites lors de la validation. Les 18 ont été résolus du côté attendu.